Spectacle : La Métamorphose
Pour Sébastien,
la schizophrénie, c’est comme un requin
qui nage en profondeur.
J’entends par schizophrène, la personne qui a des troubles schizophréniques. Regardez le requin. Il est perçu comme un danger. L’idée d’un requin sur les bords d’un rivage peut faire déserter toute une plage. Le film, « Les Dents de la Mer » a participé à percevoir le Requin comme un danger. Le risque n’est-il pas de prendre la fiction pour la réalité ?
Les médias associent souvent l’acte criminel à un problème psychiatrique. Le risque est donc de percevoir le schizophrène comme un criminel « potentiel ».
« Je suis danger, enfin pas d’Angers, venant du Pacifique.
Pour de vrai, je suis du bassin parisien ».
Il y a dix morts par an, victime des morsures du requin et des millions de requins sont tués chaque année. On estime à moins de 1 % le nombre de schizophrènes ayant commis un acte de violence. Pourtant, les canards en font parfois des monstres. Ce nom de schizophrène porte angoisse. Son aileron est source de peur et de convoitise. Quand les hommes voient l’aileron hors de l’eau, ils s’en font une montagne. Pour d’autres, le requin est particulièrement recherché pour finir en soupe.
« Mon aileron, c’est des ronds. Des espèces. Je suis dans le liquide. NepTHUNE ! »
« Quand j’ai reçu mon diagnostic, prise de conscience de ma maladie, je me suis immédiatement perçu comme un danger. Le schizophrène fait peur. Il est assimilé à de la violence. Je la ressens souvent cette colère. Aussi pour l’extérioriser j’ai besoin de pousser des cris HO. A l’eau. »
Les requins ondulent en des S, Sébastien commence par un S. Son risque est de s’identifier à Schizophrène, au fichier S de la police. Parfois, il fait des interprétations délirantes. Le requin est solitaire et l’hypersensibilité du schizophrène le rend fragile. Il a donc intérêt à ne pas rester isolé dans sa vie affective.
Les requins sont aussi parfois des handicapés. On leur prélève leur aileron puis les rejette à la mer. Ils meurent asphyxiés. Moi, mon handicap, c’est d’être sous pression dans des lieux fermés avec du bruit et de la promiscuité. Cela provoque un repli sur soi. De temps en temps, je vois la maladie dans le regard des autres. Alors, pour me protéger, je porte un masque. J’éprouve parfois des émotions excessives. Leurs amplitudes sont mal ajustées et je ne vois pas la différence entre mon ressenti et celui de l’autre.
Le requin se déplace lentement, c’est aussi mon cas. Mes mouvements sont parfois ralentis sous l’effet des médicaments. Aujourd’hui, certaines espèces de requins sont en voie de disparition. Et moi, j’ai peur de ma disparition.
Le requin vient des fonds. On dirait qu’il vient des enfers. L’handicapé psychique est tombé dans le fond. Il a ouvert la boite noire. En tant que comédien, j’explore en permanence ma part d’ombre, de colère, de perversité. L’handicapé psychique peut aller au fond et voir le fond.
Le requin, pour moi, c’est le roi des mers. Des plongeurs vont aujourd’hui à leur rencontre pour les approcher, voire les toucher ou caresser. Des associations qui participent au rétablissement de personnes vivant avec un trouble psychique comme Clubhouse France ou les GEM donnent une place d’aide aux psychotiques. Le versant positif du trouble est de recevoir le don d’ubiquité. Ce n’est pas seulement avoir l’esprit fendu.
En tant que comédien, ma force est d’être capable de jongler entre la réalité et l’imaginaire.
Une bouffée délirante c’est aussi avoir des visions, un voyage spirituel. C’est être capable de communiquer avec l’esprit des ancêtres. Les forces surnaturelles ont dit : « tu exploreras ta part d’ombre ». Si les nageoires du requin assurent sa stabilisation, moi je trouve mon équilibre grâce aux neuroleptiques, à la foi, la pratique du yoga et bien sûr aux activités artistiques.
Au début, je percevais la schizophrénie comme une honte et une peur. Aujourd’hui, je la vois comme une gêne. Ces manifestations symptomatiques sont certes un obstacle. Mais sur scène, elles deviennent un atout. Elles font rire le public. Je le dois à mon esprit contrarié. Le Clown cherche à maîtriser les contradictions, à jouer avec les objectifs et les obstacles, l’adresse et la maladresse. Le costume du requin me plait. Je joue à être un requin.
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Sébastien Petiot du #ClubhouseParis
Source bibliographique : Requins : « Au-delà du malentendu. » de Robert Calcagno
Nous proposons des actions de sensibilisation au handicap avec le personnage du requin dans les collèges et les lycées. Dans un premier temps, les élèves assistent à une représentation de 20 minutes - La Métamorphose, Solo Sébastien Petiot ; puis dans un second temps, nous instaurons un moment d’échange avec les élèves, Sébastien Petiot et Lucie Segard (médiatrice) sur le thème de la maladie mentale et du travail artistique de Sébastien.